09 juin 2021
Temps de lecture: 4 min.
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Faire cohabiter arbres et cultures ? Une pratique appelée agroforesterie ou « vitiforesterie » lorsqu’elle est appliquée au vignoble. Elle consiste à réintroduire des arbres et arbustes dans ou autour des parcelles cultivées. Si, à ses débuts, les vignerons optaient souvent pour un alignement d’arbres de même espèce, désormais la diversité est le plus fréquemment le maître-mot. Avec l’ambition de développer la biodiversité, permettant notamment la réduction des intrants, ils sont de plus en plus nombreux à faire ce choix à Bordeaux.

L’AGROFORESTERIE, QUELS AVANTAGES POUR LA VITICULTURE ? 

Les bienfaits de l’agroforesterie sont nombreux. Grâce à son ancrage racinaire, l’arbre puise des ressources profondes en eau et minéraux, pour les mettre à disposition des végétaux de surface. Ses racines sont également bénéfiques à la structuration du sol. Elles favorisent la vie animale et végétale, et notamment la prolifération des mycorhizes : une association entre des champignons microscopiques et les racines des plantes. Essentielles à la fertilité de la terre, ces mycorhizes permettent aussi d’améliorer la résistance de la vigne, limitant les traitements au cuivre.

Les arbres constituent également un habitat de choix et une source de nourriture pour les auxiliaires de culture (abeilles, oiseaux, chauve-souris…), permettant de combattre naturellement les ravageurs, donc de diminuer les intrants.

Alors que la lutte contre le réchauffement climatique est au centre de toutes les préoccupations, les arbres sont des alliés de poids. Tout en structurant visuellement le paysage, ils créent un microclimat. Ils tempèrent les effets néfastes du vent, limitent le stress hydrique en captant l’eau de pluie en la redistribuant au sol, ainsi que le stress thermique grâce à l’ombre qu’ils amènent.

Ils agissent enfin comme des filtres naturels en limitant la pollution des nappes phréatiques, et captent et stockent le carbone.

agroforesterie

AGROFORESTERIE : DES VIGNERONS CONVAINCUS

Premier domaine médocain à s’être lancé dans une démarche agroforestière d’envergure, le château Anthonic (Moulis-en-Médoc) la pratique sur l’intégralité de son vignoble, certifié bio depuis 2019. Ingénieur des eaux et forêt de formation et viticulteur, Jean-Baptiste Cordonnier est à la tête de cette exploitation depuis 1993.

Dans mon approche forestière, j’ai toujours été habitué à la coopération entre les plantes et les arbres. Alors plus le temps passait, plus j’étais persuadé qu’il y avait un enseignement à aller chercher du côté de la forêt pour la réintroduire dans le vignoble.

 

Depuis ses premières plantations de haies autour des parcelles il y a dix ans, le vigneron est allé crescendo dans sa démarche. Il a introduit ses premiers arbres lors de replantation de parcelles il y a cinq à six ans. « Depuis, on ne replante plus de parcelle de vigne sans arbres. Tous les vingt rangs, on en remplace deux par un alignement d’arbres », détaille-t-il. Dans une logique de biodiversité, pour préserver les champignons mycorhiziens détruits par les traitements contre le mildiou et l’oïdium, le passage au bio s’est imposé comme une évidence. En complément, le vigneron a privilégié des enherbements tous les deux rangs pour accroître la biomasse, l’humus, et augmenter la vie des sols. Bel aboutissement, l’exploitation subvient aujourd’hui à ses propres besoins en matière organique, complémentés si nécessaire par des apports locaux (par exemple, du fumier chez le fermier voisin). Et les résultats sont tangibles. « On remet une dynamique de vie dans nos sols, constate-t-il. Mes taux de matière organique, qui n’avaient cessé de se dégrader, remontent timidement depuis trois ans. »

Du côté de Barsac, Marie-Pierre Lacoste, vigneronne du château La ClotteCazalis, a initié sa démarche en réimplantant des arbres sur des terrains céréaliers de palus* en bord de Garonne. Cela permettait de retenir dans le sol les éléments nutritifs. Peu à peu, sa réflexion s’est étendue à la vigne. Selon elle, cette liane était en meilleure santé dans son habitat originel en milieu forestier, lorsqu’elle bénéficiait de connexions racinaires, plutôt qu’isolée. Avec l’intention de « reconnecter la vigne et l’arbre », la vigneronne opère ses premiers tests d’agroforesterie en 2017 sur une nouvelle plantation de 1,3 ha en blanc sec.

Tous les douze rangs de vignes, j’ai planté une haie avec une diversité d’arbres fruitiers tous les six mètres, souvent de variété locale, et d’autres espèces intercalées, comme des petits fruitiers ou des aromatiques.

 

Cet espacement est pensé pour laisser les oiseaux et chauves-souris circuler. Quatre ans après, les résultats se font sentir. « La biodiversité est palpable avec de plus en plus d’oiseaux et d’insectes, et grâce au microclimat instauré, ces arbres amènent de la fraîcheur au niveau aromatique », constate la vigneronne. Pour aller plus loin, cette année, elle a remplacé les ceps manquants par des arbres en intraparcellaire.

 

agroforesterie dans le vignoble bordelais

* Marais

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