21 juin 2021
Temps de lecture: 4 min.
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Bonjour Fabrizio, tout d’abord, comment expliquez-vous l’engouement pour les vins frais en ce moment ? Dans quelle mesure cette tendance répond-elle aux attentes des consommateurs belges ?

Il s’agit d’une tendance qui suit, avec un peu de retard, la même mouvance observée dans le monde de la bière en Belgique avec l’apparition et le développement massif des bières « IPA » qui sont beaucoup plus amères que les bières traditionnelles.

Nous sommes passés en effet de la consommation de bières sucrées, plus rondes à des bières plus pointues et rafraichissantes, et nous observons le même phénomène dans le monde du vin. Les consommateurs belges sont passés des vins d’extraction boisée à des vins avec plus d’acidité et donc plus frais.

De plus, je dirais qu’en mettant en avant le côté rafraichissant pour le consommateur, Belge notamment, on revient à la fonction presque « originelle » de la boisson, qui est de désaltérer et de rafraichir.

Pensez-vous qu’il y ait des disparités en termes de consommation en Belgique d’un point de vue géographique ? Il y a-t-il un effet saisonnier à la consommation de vins frais ?

Cette tendance de vins frais ne substitue pas aux tendances de fond en termes de consommation de vins en Belgique. Par exemple, les consommateurs préférant le rosé iront chercher des vins frais de type rosé, alors que les consommateurs préférant le blanc iront chercher des vins frais de type blanc, le rouge restant le numéro uno en Belgique. La consommation de vin frais s’inscrit dans la continuité de tendances déjà bien établies.

Par ailleurs, cette préférence n’est pas soumise à un effet saisonnier. Les gens consomment du vin frais même en hiver, de la même façon qu’ils consomment de la bière IPA tout au long de l’année, pour reprendre mon exemple précédent.

Bordeaux se diversifie en termes de vins blancs, rosés, effervescents et nouveaux rouges (découvrez en plus à propos de ce sujet dans notre article : Bordeaux, les nouveaux rouges). Quels sont les spécificités des vins frais de Bordeaux et en quoi se différentient-ils de la concurrence ?

Ce n’est pas un secret, c’est la marque de fabrique de Bordeaux. Cette marque de fabrique s’explique par le terroir, l’assemblage, le climat (le fameux 45e parallèle) et bien sûr les cépages adaptés. L’équilibre des vins frais de Bordeaux apporte le « petit plus » à la dégustation, qui permet au vignoble de ravir les amateurs de vins.

Pour les blancs, on mettra en avant le sauvignon, qui est un cépage acide. Le travail sur bois sera plus contenu. On prendra garde aux thiols volatils, parfumés, élégants, et le vin restera très équilibré. (Pour plus d’information sur le sauvignon, cliquez-ici)

Pour les rouges, le cabernet est sans-doute plus adapté, mais on va surtout diminuer le temps de macération. Les vins seront de ce fait moins tanniques, plus acides, moins concentrés et plus équilibrés.

Pour les liquoreux, on joue sur les fameuses tries lors des vendanges. On récoltera des raisins pourri confits (ou pourris rôtis) et les mélanger à d’autres, à un stade de maturation moins avancé. Ainsi , on conserva la complexité apportée par le Botrytis cinerea sans avoir une teneur en sucre trop importante.

Fabrizio Bucella, interview

En quoi les vins frais de Bordeaux répondent aux attentes des consommateurs belges ?

Les vins frais de Bordeaux sont des vins gastronomiques et équilibrés et les Belges sont de fervents amateurs de l’art de la table. Les consommateurs belges ont toujours fait très attention aux produits et à leurs achats de vin. Cette lame de fond se renforce avec la mode des produits locaux, biologiques, de circuit court… Par ailleurs, ces dernières années, la gastronomie belge tend vers plus de légèreté, autant à la maison que dans les restaurants, et les vins frais de Bordeaux s’alignent à mon sens sur cette tendance.

Quels vins frais de Bordeaux conseillez-vous aux professionnels de l’Horeca belge (CHR en France) de mettre en avant sur leurs cartes d’été ?

On pense naturellement aux rosés bien sûr, mais aussi aux blancs à base de sauvignon. Dans les propositions originales, on peut suggérer, comme alternative au fameux « apéritif-maison », de proposer des seconds vins de Sauternes, moins sucrés, moins chargés en alcool. C’est un véritable nirvana gustatif. De plus, de récentes études, que nous avons menées avec notre école d’œnologie à l’Université libre de Bruxelles, ont démontré la possibilité de conserver les crus classés 1855 de Sauternes plus de trois semaines, la bouteille ouverte et entamée, sans modification sensorielle ! Cela représente un avantage non négligeable pour les professionnels.

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